Qui veut "gagner" des millions ?
Point d'orgue du dernier conseil municipal, le vote d'un emprunt pour faire face aux dépenses communales. Le premier magistrat annonçait d'emblée la couleur: faute de contracter un emprunt rapidement, la ville ne pouvait plus honorer les dépenses déjà réalisées.
Après une rapide explication pour justifier le recours à l'emprunt, le chiffre tombe: la ville va devoir emprunter rien moins qu'un million d'euros ! Les élus n'ont eu d'autre choix que de voter ce montant impressionnant car les dépenses sont déjà réalisées ou en cours de réalisation. Les rares discussions préalables au vote n'ont pas porté sur la somme mais sur la façon d'emprunter: faut-il emprunter 1 million en une fois ou bien emprunter en 2 fois 500 000 € ?
A quoi servira ce million d’euros ?
Cet emprunt permettra d’abord de payer :
Le déficit d’investissement : 164 000 € de « trou » malgré l’emprunt de 200 00 € glissé discrètement dans le cadre de la renégociation de la dette).
Les travaux de l’année 2010 reportés sur 2011 (WC autonettoyants du port…) : 280 000 €.
Les travaux 2011 déjà engagés : 480 000 €. Les diverses maîtrises d’œuvre du palais épiscopal, de la passerelle St-François et de l’aménagement du centre-ville (200 000€), effacement réseau rue des Perderies (104 000€)…
Les travaux 2011 qui seront réalisés d’ici à la fin de l’année (hypothèse médiane donc réaliste) : 695 000 €. Parmi les gros dossiers qui verront le jour, à priori cet automne, notons par exemple la mise aux normes électriques de la cathédrale (220 000 €), le début de financement de la passerelle St-François (100 000 €) et de couverture du palais épiscopal côté bibliothèque (200 000 €)…
Comme chacun pourra le constater, cet emprunt couvre des dépenses obligatoires, attendues et programmées depuis des années (suite aux études sur le palais épiscopal notamment) sur des bâtiments communaux ainsi que des promesses de campagne de l’équipe municipale (passerelle, city-stade).
Des recettes sont à prévoir (récupération de TVA, subventions, participations…), bien heureusement car elles permettent de limiter l’emprunt à « seulement » 1 million d’euros.
Quid de la santé financière de la ville de Tréguier ?
Telle était la véritable question que soulevait cette décision votée au dernier conseil municipal. Malheureusement, ce problème n’a quasiment pas été abordé. Or, la marge de manoeuvre financière se réduit encore un peu plus dangereusement. Ce seul emprunt équivaut à accroitre l'endettement communal de 38,5%: la dette passe de 2,6 millions d'euros à 3,6 millions. Pour rappel, cette dette était légèrement inférieure à 2.9 millions d'euros 2008.
Le recours à l'emprunt n'est pas forcément un signe inquiétant: si la ville utilise une telle somme pour lancer des grands projets porteurs, c'est une démarche légitime et louable. Est-ce le cas aujourd'hui ? Pas vraiment ! Le document de travail proposé aux élus pour se faire une opinion sur le recours à un si lourd emprunt comportait des signes préoccupants si on prenait le temps de l’analyser dans le détail. Un prochain article permettra de démontrer que cette détérioration de la santé financière de la commune sera bien plus alarmante dans les toutes proches années à venir.