L'avenir compromis de l'école de musique
Nous assistons depuis quelques semaines à un sauve-qui-peut général de la part des élus en charge de la gestion ou du financement de l’Ecole de Musique du Pays des Estuaires. Cette école, actuellement portée par un Syndicat Intercommunal dédié (ou SIVU), a du prendre en cours d’année scolaire une décision budgétaire douloureuse, et contraindre ses financeurs à lui fournir un complément de ressources.
La nécessité de cette rallonge budgétaire, qui s’élève à 10 000 €, est due à un budget précaire, mis en difficulté par une baisse du nombre d’élèves, une baisse de la subvention du Conseil Général, ainsi que le remplacement imprévu d’un professeur. 3 évènements sans gravité mais qui, lorsqu’ils se produisent ensemble dans une période de crise, compromettent un budget sans marge réelle.
La somme nécessaire est à répartir entre les 6 communes du syndicat, en fonction de leurs populations respectives, ce qui donnerait la répartition suivante : Plouguiel (1900€), Penvenan (2500€), Lanmodez (400€), Lézardrieux 1700€), Tréguier (3000€), et Coatréven (400€), soit environ 1€ par habitant.
Depuis cette mauvaise nouvelle, les critiques, puis les condamnations pleuvent sur les élus responsables de la gestion de l’Ecole. Les responsables des finances de chaque commune concernée s’indignent de la taxe supplémentaire qui leur est imposée, certains maires saisissent l’occasion pour appeler à la dissolution du SIVU, bref la survie de l’Ecole de Musique est en jeu.
Si l’on y regarde de plus près, cette affaire ne risque pas de mettre les communes en faillite, ni même de provoquer une hausse des impôts : les sommes à verser sont faibles, et il arrive très souvent que des communes doivent payer un supplément de budget bien supérieur pour une dépense imprévue, un dégât climatique, ou bien un dépassement de budget de travaux. On n’en fait alors pas un drame
Rappelons nous que le sujet est l’enseignement musical de nos enfants, une mission éducative de sensibilisation artistique, de formation de musiciens, qui participe au service culturel à la population.
Cette mission pédagogique ne mériterait pas un peu plus de considération de la part de nos élus ?
Or que nous propose-t-on ?
Après la dissolution du SIVU, qui aurait le mérite de les débarrasser d’un souci récurrent, l’école de musique devrait retourner, selon nos élus, à sa forme associative initiale : c’est-à-dire trouver des bénévoles non-élus pour la gérer (lesquels ?) et leur demander de trouver chaque année un budget de 100 000€ pour payer les professeurs de musique nécessaires à un enseignement de qualité. C’est irréaliste, et la meilleure preuve en est que c’est pour mettre fin à la structure associative à bout de souffle que le SIVU avait été créé en 2000, à l’initiative des maires des communes concernées.
Il n’est donc tout simplement pas possible de retourner à la case départ.
De plus, c’est oublier un peu vite la loi de décentralisation d'août 2004, qui prescrit que « les communes et leurs groupements organisent et financent les missions d’enseignement initial et d’éducation artistique des établissements d’enseignement public de la musique ».
C’est oublier également que la plupart des écoles de musique du département (Lannion, Paimpol, Lanvollon,…) sont portées, voire intégrées par les communautés de communes. Et que cette possibilité deviendra une obligation en 2014, sous l’impulsion de la réforme des collectivités territoriales.
Nous encourageons donc les élus des communes du SIVU, mais aussi ceux de toutes les communes comptant des élèves à l’école de musique, et des communautés de communes concernées, à se retrouver pour discuter et essayer d’élaborer une solution ENSEMBLE. Après des années de méfiance devant la mutualisation des moyens d’éducation musicale, des années de chacun pour soi qui n’ont pas permis d’avancer, n’est-il pas temps de chercher des solutions pérennes qui permettent à chaque commune de contribuer, sans se dérober, mais selon ses moyens, à une mission éducative musicale, qui rejaillit sans aucun doute sur la richesse de la vie culturelle de nos territoires ?