chef d'oeuvre en péril
L'annonce est passée presque inaperçue mais le patrimoine local risque d'être amputé de l'un des derniers héritages de la ligne du chemin de fer des Côtes-du-nord. En effet, un permis de démolir aurait été accordé pour raser le dépôt relais de Sainte-Catherine qui servait d'atelier pour les locomotives à vapeur.
L'ouvrage est certes mal en point mais la décision paraît surprenante. La vétusté du bâtiment représente-t-elle un grave danger pour la sécurité de ses usagers si on décide de solidifier la structure existante? La démolition est-elle réellement programmée? Ne peut-on pas réétudier l'hypothèse de la sauvegarde d'un monument en lui donnant une nouvelle fonction? Un sauvetage de ce lieu cher au coeur de nombreux Trégorrois n'est-il pas possible?
Est-on en droit de démolir un site dont le classement est envisagé (sauf avis contraire, la commission n’a pas encore statué définitivement sur la protection de ce lieu) ? Ne mérite-t-il pas autant de considération que la passerelle saint-François ? Est-on logique quand on entreprend la sauvegarde de certains éléments du patrimoine quand, d’autre part, on cautionne dans le plus grand silence la destruction de cet édifice?
Toutes ces questions restent sans réponses. Une fois encore, les décisions sont prises en catimini : la commission urbanisme aurait pu émettre un avis sur la pertinence d’un tel choix. La commission des permis, non réunie depuis la mi-octobre, n’a pas été invitée à donner son avis sur cette démolition.
Le site de Sainte-Catherine est exceptionnel, le SIVOM du pays de Tréguier l'a bien compris en envisageant d'y implanter la future salle des fêtes intercommunale. L'idée avait déjà été à l'ordre du jour durant la mandature municipale précédente: le scénographe référent du Conseil Général avait d'ailleurs privilégié cet espace pour accueillir un jour cette fameuse salle. Seul bémol dans sa réflexion, le site n'était pas la propriété des 2 communes.
Mais le projet actuel est bien éloigné de celui qui germait par le passé:
- Aujourd'hui, on espère construire un équipement neuf sur un site « débarrassé » d'un bâtiment devenu encombrant. On attend que la place soit libre pour ensuite négocier sa cession par le Conseil Général.
- Hier, une solution conservatoire était privilégiée: dans la mesure où les structures du hangar se révélaient saines, il était concevable d’envisager une salle qui aurait pris appui sur le bâtiment existant à l'image de la réhabilitation réussie de l'ancienne gare routière de Saint-Brieuc en restaurant universitaire.
Quelque soit l’option retenue, il restera à définir si le site est bien adapté face aux contraintes imposées pour ce type d’installation : éloignement suffisant des habitations pour limiter les nuisances sonores, places de stationnement pour accueillir plusieurs centaines de véhicules, sécurité du site…
Le souvenir du chemin de fer à Tréguier risque de disparaître totalement: triste fin pour ce survivant de l'aventure ferroviaire en Trégor, à moins que…